Voyage vers l’autre bout du monde

Mercredi 27 Juillet, 6h du matin, le TGV pour Roissy Charles de Gaulle quitte la gare de Strasbourg. Quelques heures plus tard, après avoir passé les contrôles de sécurité renforcés, j’embarque dans un Airbus A380 à destination de San Francisco. C’est grand un Airbus A380. On m’avait dit que c’était grand mais le voir en face de moi dominer tous les autres long courriers garés au même terminal me donnerait presque le vertige. Avant de partir j’ai le droit à une dernière spécialité de ma terre natale avec un décollage retardé d’une heure pour cause de grèves. Voilà bien une chose qui ne me manquera pas.

Ca y est, les pilotes ont fini de frimer avec leur joujou sur la voie de circulation et on peut passer au décollage. L’avion se met péniblement en branle poussée par ses quatre moteurs Rolls Royce haut de gamme. Dans un vrombissement inquiétant, les 550 tonnes de haute technologie font vibrer la piste de décollage. Soudain, le bruit s’arrête, la forteresse volante est dans les airs, prochain arrêt: San Francisco!

Je vous passerai les détails du voyage. 11 heures enfermé dans une cage trop climatisée à portée des cris d’enfants qui me réveillent mais trop loin d’eux pour répliquer. Il fait jour pendant tout le trajet mais tout le monde veut dormir et comme la grande Bretagne n’intéresse plus nos passagers européens on ferme les stores au moment de la survoler. Huit heures plus tard, au dessus de l’Idaho les volets s’ouvrent à nouveau; Le soleil brille toujours. Une heure passe et nous voilà en train de survoler la baie de San Francisco. Par le hublot j’aperçoit Oakland et son aéroport, l’océan est couvert d’un épais brouillard dont un pan recouvre le Golden Bridge. Descente au dessus de San Francisco, San Mateo puis Palo Alto. On vire au dessus des toits en tuiles de Stanford University pour se mettre en approche. Juste avant l’atterrissage je vois passer le QG disproportionné de Facebook en bordure de Menlo Park.

Arrivé dans l’aéroport, passage obligé par les fameux border control américains. Premier contact indigent, un agent noir baraqué tout droit sorti de la première saison de Dexter me fixe de son regard inquisiteur. Il communique en langage des signes avant de s’apercevoir que je parle anglais. Les papiers sont en règle, les cookies de Chloé sont autorisés en territoire Etats-Uniens; Je peux donc récupérer ma valise et me diriger vers le métro.

La machine à tickets engloutit mon billet de $20 et me crache mon titre de transport ainsi que du change constitué de pièces de $1 dépareillées. Sur le quais du métro, en face d’un panneau de prévention contre le suicide, un sans abri s’approche de moi. Il fait deux fois mon poids et a plus de barbe que j’en aurai de toute ma vie. Il me tend son goblet crade en marmonnant un truc incompréhensible. J’utilise l’argument du touriste qui ne comprend rien puis je l’ignore. Quelques instants plus tard j’entend quelqu’un hurler à l’autre bout du quais.

Get the fuck outta my fucking face! I’m working two jobs and I study! It’s just sickening to see you there! That’s illegal you know? I’m calling the cops!

Visiblement le SDF est tombé sur la mauvaise personne. Moi je me retiens de rire tellement cette situation fait cliché du clash social américain.

Arrive le CalTrain, le train qui relie San Francisco à Gilroy, traversant ainsi la Silicon Valley dans le sens de la longueur. C’est le prototype du train à l’américaine: Deux étages, revêtement chrome, locomotive diesel et profil carrément pas aérodynamique. Le chauffeur lui abuse du klaxon à chaque intersection, soit pendant la quasi-totalité du trajet.

Mon B&B se trouve dans Mission Bay à une petite dizaine de minutes de marche depuis le terminus de CalTrain à 4th and King (comprenez: l’intersection de 4th Street et King Street). Ce quartier est constitué intégralement d’immeubles flambant neufs, de chantiers et de terrains vagues. Apparemment il n’y avait rien ici 5 ans plus tôt, avant que tout ces travaux ne débutent. L’appart est cozy et comprend deux chambres, deux salles de bain et un salon dont l’immense baie vitrée fait l’angle du bâtiment. Chaque chambre comprend deux lits superposés, je partage donc la mienne avec trois collocataires. Le tout pour la modique somme de $599 la semaine. Le gérant fait jeune entrepreneur avec sa chemise, ses aviator et ses cheveux blonds rabattus sur le côté. Je découvre par la suite qu’il utilise un pseudonyme sur AirBnB car son business ne serait en fait pas légal. Qu’importe, la situation reste quand même largement confortable. Tous mes colocs sont des stagiaires, comme moi, mais eux restent dans ce logement pour toute la durée de leur stage. Je demande à l’un deux pourquoi il n’a pas cherché autre chose mais il me répond que 1500 dollars pour une chambre partagée dans ce coin de la ville est considéré comme un bon deal. Une chose est sûre, Lausanne va me paraître bon marché après ce séjour !

Vue depuis mon B&B
Vue depuis mon B&B: Immeubles flambants neufs et en construction.

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